Chantal Chevaleyre, Licence Sciences de l'Educ, LB1

APPRENTISSAGE - SCF 622

Synthèse des notes prises lors de l'Intervention de G. Giorgi le 09/12/98

 

 
Chapitre 3 - Les différents modèles de l'apprentissage

 

Connaître la représentation que l'on a de l'individu en situation d' apprentissage est important pour choisir la formation que l'on doit mettre en place et son mode d'évaluation.
Les modèles d'apprentissage ont évolué avec le temps et certains d'entre eux influencent encore à ce jour nos pratiques.

Ce chapitre va présenter les différents modèles de l'apprentissage à travers l'histoire.

 

 

  1 - Les modèles transmissifs


 

Les modèles transmissifs sont une famille de conceptions à propos de celui qui apprend. L'apprenant est ici considéré comme un récipient, un contenant qu'il faut remplir.
Quand au savoir, il est une denrée : le savoir se consomme, se digère, l'apprenant se remplit.
La connaissance s'engrange, c'est la logique du monde agricole.
Il faut que le récipient soit étanche pour que l'apprenant " retienne " beaucoup de choses et devienne savant. Le savoir est quantitatif.
La période d'accumulation des savoirs est délimitée dans le temps : de 7 ans à 12 ans environ.
L'apprenant doit donc acquérir le plus de savoirs possibles dans ce temps limité. (doù le problème de la formation continue dans les années 1960/70 : elle était considéré comme la preuve d'un " incomplétude " par rapport à la scolarité antérieure.)

  • Naissance de la logique de programmation des contenus à transmettre. Elle est issue de l'idée selon laquelle le savoir est une accumulation.
    Le formateur est un " robinet " qui va remplir l'apprenant. On élabore des programmes pour distiller la quantité de savoir dans des temps précisés.
  • L'évaluation est présente dans ce type de modèle : elle mesure la quantité de savoir retenu par l'apprenant.

Pour cela il faut qu'il restitue ce qu'il a appris. On se trouve dans une logique de contrôle par restitution. On exclut les savoirs distribués par d'autres et qui donc ne font pas partie du programme.
Nous retiendrons trois principaux modèles transmissifs et leur influence sur nos pratiques récentes.

 

a) Le Modèle patrimonial

Ce modèle, également appelé modèle successoral, assure une double transmission :

  • Il donne le savoir considéré comme un bien
  • Il transmet de façon successorale, au-delà du temps, c'est-à-dire au-delà de sa propre échéance. Ce mode de transmission implique une sélection préalable : il s'agit de choisir celui qui est sensé nous représenter le mieux, une sorte d'héritier spirituel.C'est un modèle ancestral, où la transmission des savoirs se fait par oral comme aux temps préhistoriques , celui qui transmettait le savoir était le chef.
  • L'influence de ce modèle se retrouve dans certaines de nos pratiques qui obéissent à une logique de contrôle dans laquelle le formateur vérifie la conformité des savoirs.

Le savoir comme denrée assure le pouvoir

b) Le Modèle du viatique

Définition du viatique : provisions, argent que l'on donne à quelqu'un pour un voysage in Dictionnaire Hachette, 1998

Ce modèle dit "du viatique" repose sur une relation affective.
Il a également une conception utilitaire : le savoir a de la valeur (si je donne j'attends de la reconnaissance de la part de celui auquel j'ai donné.)
Le savoir est ici considéré comme un carburant : il a une Conception utilitaire. (C'est ce que j'ai rajouté comme valeur à ce qu'on m'a appris)
La sélection de l'apprenant est arbitraire ; elle est fonction du choix personnel du formateur qui à un rôle initiatique.
Le mode d'évaluation est de deux ordres : logique de contrôle (conformité de ce qui est appris ) ou évaluation dans le temps
.

L'influence de ce modèle dans le champ de l'apprentissage :
Le modèle du viatique a été utilisé dans les années 1980 au cours desquelles un dispositif de lois permettait aux adultes de revenir à l'école. Cela a fonctionné de manière marginale car les proviseurs n'ont pas su s'adapter à ce nouveau public qu'ils ne comprenaient pas. Selon eux, il faut éduquer les enfants pendant que leur esprit est souple, après c'est trop tard. Il n'y a pas de temporalité dans la formation.

L'influence de ce modèle dans les pratiques sociales :
Dans le modèle patrimonial, l'apprenant doit être rempli de savoirs. Avec le modèle du viatique s'ajoute une logique d'organisation : l'apprenant doit ordonner ses savoirs afin de les engranger au mieux. (pour en retirer le plus de profit).
Dans cette logique apparaît la différenciation entre les apprenants (ceux qui savent ranger leurs savoirs, et ceux qui ne savent pas).
Afin de transmettre le savoir a tous, il va falloir adapter la formation aux uns et aux autres (principe de l'individualisation)
Le mode de transmission qui est alors employé est la transmission orale (le cours magistral permet à l'apprenant de prendre ce qui l'intéresse ; il sélectionne)

 

Les limites de ces deux modèles :

D'une part, il convient de noter le caractère périssable des denrées (qu'en est-il du savoir au terme du programme éducatif ?)
Ensuite, il faut admettre que le savoir ne soit plus vrai (adéquation / adaptabilité entre ce que j'ai appris et à quoi je vais le mettre au service de…).

 

c) Le Modèle d'alternance : " Du maître au disciple "

La Grèce antique est à l'origine de ce modèle qui repose sur la relation forte qui lie le maître à l'élève.
L'apprenant est un disciple et reconnaît son maître à penser car il est compétent dans une discipline.Cette relation va engendrer une méfiance à l'égard des relations entre élèves et enseignants. L'institution éducative puritaine, doit représenter la norme sociale et rejette donc la relation affective. Elle est marquée par cette ambiguïté dans la relation pédagogique.
Il ne s'agit dans ce modèle plus seulement de transmission des savoirs : une dimension s'ajoute : l'imprégnation (l'élève va s'imprégner au contact du maître).

Autre version de ce modèle :C'est le rapport de l'apprenti au maître que l'on retrouve dans le compagnonnage. Il est fonction de la technicité et de la compétence du maître qui a rôle initiatique.
Un contrat lie un jeune et un professionnel généralement plus âgé. C'est ce dernier qui établit le contrat moyennant finances.
Il s'agit donc d'une relation contractuelle . Le jeune est logé, nourri et fait ce que le vieux ne peut plus faire. Il tire son enseignement de cette expérience.
Ce contrat doit se rompre quand le jeune sait tout ce que le vieux doit lui apprendre.
Pour éviter que l'apprenti ne devienne concurrent de son maître, il est envoyé dans d'autres régions chez d'autres maîtres (ce qu'on appelle le tour de France des Compagnons).

L'influence de ce modèle : on retrouve ce modèle dans le contrat appelé " contrat d'apprentissage " aujourd'hui.

 

d) Le modèle cartésien ou la logique du progrès technique

Dés le 19 ème siècle, ce modèle scientifique développé par Descartes, va influencer très fortement la société.

  • Le Discours de la Méthode (ou la pensée cartésienne)

Descartes s'intéresse à la relation entre la Nature et l'Homme. (A quel moment l'Homme a t-il une puissance supérieure à la Nature et peut-il la contrôler ?). Descartes estime que " tout " peut s 'expliquer même l'inaccessible à condition d'être analysé en éléments constitutifs. (tout s'explique, on démonte et on remonte, on peut confronter les différents modèles)
Selon l'auteur, le tout est égal à la somme des parties constitutives.
C'est ce qui fonde la logique d'analyse et de synthèse, dite logique de découpage. (disqualifiée par Edgar Morin).

L'influence de ce modèle :

Cette logique du découpage va influencer plusieurs domaines :

- la médecine : qui va découvrir la dissection de l'anatomie,

- l'essor des sciences naturelles,

- l'usine : qui va pratiquer la production à la chaîne / taylorisme,

- le système éducatif : le découpage disciplinaire, le choix des options, dans la grammaire, on distingue les conjugaisons …

- des cours de méthodologie expérimentale apparaissent à l'université…etc

La méthode cartésienne va amener la logique de rationalisation dans le processus d'apprentissage. Eduquer, former c'est conditionner (voir les théories du conditionnement de Pavlov, dans les écoles on pratique la répétition, le " par cœur "
Pavlov, I.P., Le réflexe conditionné, 1935
Jusqu'en 1970, ce qui est construit par l'Homme est préférable à ce que fait la Nature. On cherche à contraindre le Naturel. (si la montagne est trop haute, on y construit un tunnel…)
Pavlov, qui s'inscrit dans ce courant de pensée, estime qu'enseigner c'est mettre du culturel à la place du naturel.
On assiste à l'essor de la découverte et la recherche. Et à l'idée selon laquelle il faut avoir la " clé " pour ouvrir la porte, c'est-à-dire la méthode pour tout découvrir.

 

 

 2 - Les modèles comportementalistes


 

Encore appelés modèles du conditionnement .
Les théories béhavioristes se préoccupent des comportements des apprenants et leurs applications dans le système éducatif sont rapides.

a) Pavlov

Pavlov a démontré qu'il était possible d'influencer le comportement naturel des animaux grâce à l'association stimulus réponse.
L'influence des travaux de Pavlov se fait sentir dés 1920 sur les pratiques scolaires : apprentissage "par coeur" des tables de multiplication...etc

b) Skinner

L'américain Skinner ajoute aux théories de Pavlov la notion de renforcement, (la répétition) qui accroît la fréquence d'apparition du comportement .
L'influence des travaux de Skinner se retrouve avec le domaine éducatif avec la pratique de distribution des "images" ou "bons points" qui visent à encourager l'élève (renforcement positif) . On adopte également à cette époque le renforcement négatif avec la punition en cas de " mauvais résultat ". C'est la loi de la carotte et du bâton qui prévaut (logique du dressage).
Skinner, B.F., The behavior organisms, New York, Appleton Century Crofts, 1938,


Ces apprentissages par conditionnement sont cautionnés par les théories scientifiques particulièrement dans la période de 1900-1950.Ce modèle est intéressant car il fonctionne. Dans des situations particulières il est important de faire acquérir des comportements à des individus sans qu'ils aient de représentation mentale (sans qu'ils pensent à ce qu'ils sont en train de faire : les pompiers, les secouristes…)

 

 

 3 - Les courants modernes


 

Les courants de pensée suivants s'intéressent à ce qui se passe dans le cerveau au moment où il constitue ses réponses :

a) Tollman et les mentalistes

Tollman est un élève de Skinner ; il travaille sur les expériences de son " maître " entre 1930 et 1950 . Il lance l'idée d'une " boite noire ". Il propose un nouveau schéma et transforme le S R en S O R (O symbolisant l'organisme). Ce courant mentaliste s'oppose au courant dit comportementaliste

b) les constructivistes

Selon Jean Piaget, entre la situation et le comportement, les neurones travaillent (construction dans la boîte noire) et vont permettre d'améliorer le R
Piaget, J., Réussir et compredre, Puf, 1974

c) les cognitivistes : s'intéressent à la représentation mentale dans ses liens avec le processus d'élaboration des réponses

 

 

4 - L'influence de ces modèles


Ces courants de pensée influencent encore à ce jour nos pratiques éducatives. Les exemples suivants illustrent ces influences :

  • On oriente aujourd'hui les pédagogues à s'intéresser au fonctionnement mental des élèves ; il s'agit de pratiquer une différenciation pédagogique (Logique de l'individualisation et apparition du concept de " situation - problème) en fonction de la façon dont fonctionne mentalement l'élève.

Gérard tente de clarifier le concept de situation-problème : " faire primer le projet et l'heuristique dans les systèmes de formation suppose que la logique d'apprentissage des élèves " prenne le pas " sur celle de l'enseignement "
Gérard, C., Problématiser des situations personnalisées, Se former plus, 1994 (page3)
L'erreur n'est plus considérée comme une faute : elle doit être vue comme un traitement différent , un " mauvais " comportement qui renvoie à une remédiation pédagogique, non à une punition.

  • On insiste sur la gestion mentale des savoirs et sur leur qualité : il est plus important de comprendre plutôt que de savoir " par cœur ".
  • La psychanalyse aide à la réhabilitation de la relation affective dans la classe
  • Le savoir est partageable (idée selon laquelle " à plusieurs, on est plus intelligent ")
  • Le maître n'est plus le seul détenteur de savoirs. C'est l'élève qui remplace le professeur au centre du processus pédagogique et prend ainsi du pouvoir (la classe coopérative * et la pédagogie institutionnelle permettent le développement des capacités d'auto-organisation des élèves).
    * La classe coopérative est la pédagogie développée par Freinet La Pédagogie Institutionnelle est apparue dans les années 1960 avec Aîda Vasquez et Fernand Oury

 

 

 

 Conclusion


Tous ces modèles produisent différentes logiques .
Puisqu'il n'existe pas d'homogénéisation, il y a donc des pratiques différentes. Ces précédents chapitres nous ont permis de connaître leurs sources, de les référencer.
Une nouvelle compétence apparaît dans nos pratiques de formation :
il n'y a plus de réponse mono-typée ; le formateur doit mettre en rapport des situations et des modèles afin de proposer des réponses adaptées.

 

  

 

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